La dialectique est une discipline à ne pas négliger lors de débats ou de représentations publiques, et nous allons nous pencher plus précisément sur les méthodes d’Emmanuel Macron,  les spécificités de son discours mais également sur ses inspirations premières

En 1999, alors jeune étudiant à Sciences Po, Emmanuel Macron devient l’assistant éditorial de Ricœur et l’aide à finaliser son ouvrage La Mémoire, l’Histoire, l’Oubli, qui paraîtra l’année suivante au Seuil. Au contact du célèbre exégète, c’est toute sa pensée qui se modifie. « Paul Ricœur m’a rééduqué sur le plan philosophique », confesse-t-il. […]

Mais comment, concrètement, se maintiennent et se manifestent les acquis philosophiques d’Emmanuel Macron dans sa pensée politique actuelle ? C’est auprès de Ricœur que la filiation semble la plus patente. Olivier Abel, éminent spécialiste du penseur protestant, souligne l’importance du « et en même temps » qui imprègne l’action politique du nouveau président.
« Vouloir par exemple en même temps la libération du travail et la protection des plus précaires, cette manière d’introduire une tension soutenable entre deux énoncés apparemment incompatibles, est vraiment très ricœurienne », explique-t-il.

C’est ainsi cette volonté de n’être ni de droite ni de gauche, mais « en même temps » l’un et l’autre, non pas au sens de faire fusionner deux entités présumées inconciliables pour les annihiler, mais bien plutôt de les faire dialoguer dans une pensée critique pour en retirer ce qu’il y a de plus fécond, qui marque la démarche d’Emmanuel Macron.

Ce pragmatisme s’inscrit plutôt dans une articulation constante entre ce qu’on appelle l’éthique de conviction, c’est-à-dire la volonté utopique et idéale, et l’éthique de responsabilité, c’est-à-dire l’application réalisable de cette volonté dans l’histoire. En termes Macroniens ? Ne renoncer ni à une meilleure flexibilité de l’économie ni au besoin d’égalité et de justice sociale pour tous.

Autre influence philosophique de Ricœur sur Emmanuel Macron, sa conception de l’histoire et de la culture. Pour le philosophe protestant, en effet, «il faut savoir faire mémoire de toutes les traditions qui se sont sédimentées ». C’est ce qui semble animer Macron lorsqu’il refuse le débat sclérosant sur l’identité nationale et propose plutôt une vision plurielle des cultures qui l’amène à dire : « Il n’y a pas une culture française, il y a une culture en France, elle est diverse, elle est multiple. »

Billet issu de l’article de Matthieu Mégevand, pour Letemps.ch (https://www.letemps.ch/opinions/emmanuel-macron-philosophe)

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