Dans cette newsletter, nous vous proposons de faire un retour sur un registre de communication bien particulier : la dialectique.

Certains d’entre vous ont pu découvrir cette discipline au cours de leur accompagnement au cabinet. Il s’agit de l’ensemble des techniques qui permettent de déstabiliser, attaquer ou marquer le point sur la forme (et pas sur le fond).
Elle est particulièrement utilisée par les journalistes, les personnalités politiques,  les avocats et régulièrement présente dans des échanges avec les IRP.

Pour rappel, les principes sont simples et reposent sur trois piliers :

La théorie des rôles qui permet à celui qui maîtrise les outils de dialectique d’imposer un cadre ou un rapport de force.

-Ce soir il n’y a pas de Président de la République ou de Premier Ministre…

-Vous avez tout à fait raison M. le Premier Ministre.

-Les contrepoints qui permettent de manifester son désaccord ou déstabiliser l’adversaire : faire non de la tête pendant que la personne parle, soupirer, rire, etc.

-Les attaques : au nombre de 16 (avec chacune son lot de parades à maîtriser pour ne pas subir l’échange) elles permettent de déstabiliser, bloquer le débat ou remporter le point.

Les techniques de dialectique sont particulièrement utilisées lorsque un débat porte sur un sujet passionnel ou clivant : fait-divers, terrorisme, écologie, pesticides, industrie pharmaceutique, chasse, nucléaire ou encore utilisation du terme « chocolatine ».

Le 7 novembre dernier, dans sa matinale sur France Culture, Guillaume Erner recevait Jean-Marc Jancovici, enseignant, chercheur et consultant spécialisé dans l’énergie.

La thématique du jour : transition énergétique, avons-nous encore le temps ?

En pratique : 40 minutes de dialectique donc chaque échange mériterait un décryptage de plusieurs pages. Un condensé de techniques, d’attaques, de contrepoints et de théorie des rôles.
Deux protagonistes outillés et coriaces et un modèle de combat oral.

Si vous n’avez pas 40 minutes – on vous comprend, même si c’est dommage – filez à la 30ème minute et écoutez jusqu’à la 33ème minute. 3 minutes c’est jouable non ?

On vous a calé l’extrait juste ici :

Vous y retrouverez :

-Choix truqué : habiter à Fukushima ou habiter à côté d’une centrale à Charbon ;

-Théorie des rôles entre journaliste et experts ;

-Mise en cause : pourquoi les radios n’invitent jamais de médecins ;

-Petite phrase :

«Notre rôle de journaliste est d’inviter des gens à charge et à décharge.

-il y a les faits et les opinions. Sur les faits – comme le fait que la terre est ronde, il n’y a pas de gens à charge et à décharge. »

-Théorie des rôles :

« -Mais vous avez parfaitement le droit de défendre le nucléaire ! 

-Je ne suis pas en train de défendre le nucléaire ! »

-Analogie : comparaison de l’effroi entre fukushima et le canular d’Orson Welles

Bref un échange à haute intensité – pour 40 minutes de débat pieds à pieds – qui illustre bien la portée (et les risques) de la dialectique.

De manière générale, ne vous lancez jamais dans ce type d’échange sans :

-Une maîtrise parfaite de votre sujet. La moindre erreur, la moindre faille, la moindre approximation serait exploitée par votre adversaire pour tenter de discréditer votre raisonnement (cf le début d’interview où Jean-Marc Jancovici déstabilise à plusieurs reprises le journaliste en appuyant sur ses erreurs).

-Une maîtrise aiguë des techniques d’attaques et de parade. Ces outils sont puissants mais complexes. Il ne suffit pas de les connaître. Il faut les maîtriser. Sans une pratique régulière, il est peu probable que vous puissiez faire le choix du bon outil en quelques secondes tout en gérant la pression et l’insistance de votre contradicteur.

De manière générale nous vous conseillons – si vous en avez les moyens – d’éviter de basculer dans la dialectique. Elle impressionne, elle fascine, mais elle ne fait pas avancer les sujets sur le fonds.

Si vous n’avez pas le choix : privilégiez les techniques de parades universelles – enseignées par nos consultants– qui permettent de couper l’escalade verbale pour revenir sur le fond du sujet (c’est souvent sur ce terrain que vous l’emporterez sur vos contradicteurs). Si vous êtes à risque d’exposition régulière à des situations de recours à la dialectique : faites-vous accompagner. Les « professionnels » de la dialectique ont en général une formation initiale poussée en combat oral suivie de sessions annuelles d’entraînement pour garder la main. Sans entraînement, vous prenez un risque.

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